Souvent présenté comme l’un des entrepreneurs les plus influents d’Afrique francophone, Mahamadou Bonkoungou s’est imposé au fil des années comme un acteur incontournable dans les secteurs des infrastructures, des travaux publics, de l’aviation et de la logistique à travers le continent.

Fondateur du groupe EBOMAF (Entreprise Bonkoungou Mahamadou et Fils), l’homme d’affaires burkinabè a bâti un empire économique présent dans plusieurs pays africains. Toutefois, son parcours est également marqué par diverses controverses liées à l’exécution de certains projets publics et à ses relations avec plusieurs États.

Des relations parfois tendues avec certains États

Au Burkina Faso, pays d’origine de l’entrepreneur, plusieurs observateurs ont souligné les retards enregistrés dans certains projets d’infrastructures confiés au groupe EBOMAF, notamment la réalisation d’une voie de contournement dont la livraison était initialement attendue en 2019.

Au Sénégal, plusieurs projets portés par la société IB Fish avaient été annoncés avec ambition. Cependant, ces initiatives n’ont finalement pas abouti. Les raisons exactes de cet abandon n’ont jamais été officiellement clarifiées. Certaines sources évoquent des divergences liées à la gestion de certains contrats.

En Guinée, les relations entre Mahamadou Bonkoungou et les nouvelles autorités semblent s’être dégradées après le renversement du président Alpha Condé, considéré comme un proche de l’homme d’affaires. Depuis lors, plusieurs responsables et observateurs ont remis en question certains projets attribués à EBOMAF, dénonçant des réalisations jugées insuffisantes au regard des montants engagés.

Au Bénin, sous la présidence de Patrice Talon, des différends ont également été signalés autour de certains chantiers attribués au groupe. Les autorités béninoises ont à plusieurs reprises exprimé leur insatisfaction concernant l’exécution de certains travaux. Mahamadou Bonkoungou ne s’est pas publiquement exprimé sur ces critiques.

La situation en Côte d’Ivoire

En Côte d’Ivoire, plusieurs dossiers ont récemment alimenté le débat public autour du groupe EBOMAF. Des interrogations ont notamment été soulevées concernant les coûts de certains projets aéroportuaires ainsi que les délais d’exécution de plusieurs infrastructures routières dans le nord du pays.

Sur le terrain, les retards constatés sur certains chantiers suscitent l’impatience des populations concernées ainsi que des interrogations au sein de plusieurs cercles administratifs. Parallèlement, certaines sources évoquent un refroidissement des relations entre l’homme d’affaires et certaines personnalités du pouvoir ivoirien.

Un recentrage vers de nouveaux partenaires

Ces dernières années, les activités de Mahamadou Bonkoungou semblent davantage concentrées entre le Togo, où il réside une partie de l’année, et le Gabon. Dans ce dernier pays, plusieurs projets d’envergure lui ont été confiés par les autorités de la transition dirigées par le président Brice Clotaire Oligui Nguema.

Comment fonctionne réellement le groupe EBOMAF ?

Au-delà de ses activités économiques, la gouvernance interne du groupe intrigue de nombreux observateurs.

Officiellement, chaque filiale dispose de sa propre direction et d’une autonomie de gestion. Toutefois, selon plusieurs témoignages recueillis auprès de sources proches du groupe, les décisions stratégiques demeureraient fortement centralisées autour de Mahamadou Bonkoungou.

Cette concentration du pouvoir décisionnel concernerait aussi bien les activités de travaux publics que les filiales spécialisées dans la pêche, le transport aérien ou la distribution.

Selon ces mêmes sources, les principaux responsables des filiales comme Ismaël Bonkoungou ou son beau fils Kambou époux de sa fille Lizata Bonkoungou devraient obtenir l’accord du fondateur avant toute décision majeure engageant l’entreprise.

Parmi les membres de la famille occupant des postes stratégiques, Bachirou Bonkoungou, directeur général de Bonkoungou Distribution, apparaît comme l’un des dirigeants bénéficiant de la plus grande marge de manœuvre opérationnelle au sein du groupe.

Une communication étroitement maîtrisée

La gestion de l’image publique constitue également un aspect central de la stratégie du groupe.

Mahamadou Bonkoungou s’appuierait sur un réseau de conseillers, de spécialistes de la communication et d’experts en intelligence économique chargés de suivre son image et de défendre les intérêts du groupe dans plusieurs pays.

Au fil des années, certains journalistes et médias ayant publié des enquêtes ou des articles critiques à son égard ont fait l’objet de procédures judiciaires des journalistes ont même été condamnés, illustrant l’importance accordée à la protection de la réputation de Mahamadou Bonkoungou.

Cette première analyse met en lumière les multiples facettes de l’influence exercée par Mahamadou Bonkoungou sur la scène économique africaine.

Dans les prochaines parties de notre enquête, nous nous intéresserons aux personnalités politiques, économiques et institutionnelles qui constituent son réseau d’alliés et de partenaires. Nous examinerons également les mécanismes qui lui ont permis, au fil des années, de gagner la confiance de plusieurs États africains et de consolider son influence sur le continent.

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